EUNIS97, Grenoble (France) 9-11 September 1997

Ref: 022101

Les CRIs face aux nouveaux moyens de traitement de l'information

Gérard JEAN-FRANCOIS

1. Introduction

Un CRI (Centre de Ressources Informatiques) est un service commun d'un établissement d'enseignement supérieur, qui a pour mission principale de mettre en œuvre la politique informatique de l'établissement. Si on se réfère à l'évolution technologique, cette politique consistait dans les années 60 à mettre en œuvre une machine qui faisait du calcul scientifique, d'où l'appellation de " Centre de Calcul ".

Pour remplir ses objectifs, le CRI dispose de moyens matériels, logiciels et humains qu'il doit mettre à la disposition des utilisateurs dans essentiellement trois domaines : la recherche, la gestion et le soutien à la pédagogie. Il a très souvent un rôle de conseil pour les achats de matériel et de logiciel, un rôle de formation et d'information à destination des enseignants, chercheurs et des personnels. Lui est confiée très souvent aussi la responsabilité du réseau.

Nous sommes très loin du calcul scientifique et il semble logique de dire qu'aujourd'hui un CRI participe au traitement de l'information. Cette participation est variable d'un établissement à l'autre et intègre plus ou moins les nouvelles technologies qui apparaissent. L'objet de cet article est de faire un bilan de la situation et de proposer des pistes pour prendre en compte et organiser au mieux l'utilisation des nouvelles technologies. L'auteur bien entendu n'engage que lui-même.

2 .Traitement de l'information

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que le traitement de l'information, disponible souvent sous forme analogique, se fait sous forme numérique. Il faut noter aussi que cette information est véhiculée sur les réseaux dont la généralisation est indispensable. L'arrivée du réseau sur le poste de travail et l'émergence des réseaux hauts débits doit être prise en compte pour l'utilisation des nouvelles technologies ce qui entraîne du même coup l'abolition des distances et des délais d'acheminement.

Il existe deux catégories d'utilisateurs du traitement de l'information :
- ceux qui créent l'information à destination des autres
- ceux qui reçoivent l'information

Ces deux catégories sont par exemple dans le domaine de la pédagogie les enseignants et les enseignés. Pour la gestion et pour la recherche on est également dans la même situation et le schéma classique est le suivant :
- le but recherché est de diffuser des résultats sur différents supports (papier, CD-ROM, vidéo, électronique)
- ces résultats sont obtenus à partir de données disponibles sur des supports variés (papier, vidéo, électronique) qui constituent des documents qu'il faudra numériser.
- pour obtenir les résultats à partir des données il faut effectuer des traitements plus ou moins complexes. Certains sont très spécifiques par exemple traitement d'images satellitaires, d'autres sont banals et utilisés par tout le monde c'est le cas du traitement de texte.

Si on approfondi cette chaîne du traitement de l'information on s'aperçoit très vite que tous les domaines spécifiques ont en fait de nombreux points communs faisant appel aux mêmes compétences, deux exemples le prouveront.

Le téléphone : il est devenu tout numérique et les techniques utilisés dans les commutateurs ont d'énormes points communs avec celles utilisées dans les réseaux

La reprographie : il n'existe plus de duplicateurs à alcool mais tout simplement des appareils incluant scanner et imprimante laser qui peuvent être très facilement connectés au réseau, si bien qu'on en arrive à la gestion électronique des documents.

Pour résumer ce problème du traitement de l'information on peut affirmer, sans l'ombre d'un doute, que tous les domaines sont concernés : la pédagogie, la recherche, l'administration. IL faut aussi remarquer que l'utilisation du traitement de l'information a été sous utilisé dans des secteurs tels que les sciences humaines, la culture et aussi la communication.

Nous allons reprendre chaque étape du traitement de l'information et faire une liste non exhaustive des différents moyens utilisés.

3. Diffusion de l'information

Elle est faite dans un établissement d'enseignement supérieur par différents services (en réalité par tous les services) dont les principaux sont :
- le service de la communication
- le téléenseignement
- le laboratoire de langue
- le service publications
- le service de la documentation

Les vecteurs utilisés sont:
- le support papier sous toutes ses formes, notons au passage que l'édition papier fait appel à l'imprimerie, qui a elle aussi évolué et utilise maintenant l'informatique pour faire de la PAO (publication assistée par ordinateur). Est également concerné le service de reproduction déjà cité.
- le film
- la vidéo
- le rébreau sur lequel on diffuse la visio-conférence, les documents sous forme W3, le téléenseignement etc...
- le CD-ROM dont la réalisation sera détaillée plus loin.

Le constat global que l'on peut faire c'est que tout le monde a besoin de diffuser des supports. Pour réaliser ces supports chacun est amené à utiliser des techniques assez avancées par exemple le traitement d'image, mais chaque service n'utilise pas forcément le même logiciel de traitement d'image d'où une dispersion des compétences et surtout un manque de maîtrise des logiciels utilisés.

4. Acquisition des données

Il faut disposer de données sous forme numérique, or les données sont sous forme quelconque et sur des supports très variés :
- le support papier : si la reconnaissance optique de caractères est devenue courante, la numérisation d'images couleur en haute définition nécessite des matériels pas toujours disponibles.
- le support film n'est pas toujours simple dans la mesure où on peut avoir des documents sur des supports aux formats disparus.
- le support est l'objet lui-même : objet de fouille, objet de collection, objet d'art. Pour chaque cas il est nécessaire de trouver une solution adaptée car parfois l'objet est inaccessible et tout dépend du résultat que l'on veut obtenir. Dans ce genre de situation l'appareil photo numérique peut rendre service
- la vidéo nécessite des interfaces particulières ainsi que la numérisation du son.

Dans le domaine de l'acquisition de données, il est un support qui a priori ne pose pas de problème c'est le support électronique puisque l'information est déjà numérisée, pourtant on est en droit de se poser quelques questions sur les facilités d'accès à la documentation.

L'accessibilité à travers les réseaux à des bibliothèques électroniques contenant toutes sortes de documents pose d'énormes problèmes de recherche de l'information.

Les logiciels tels que les moteurs de recherche apparus sur le Web sont les prémices de l'évolution de la recherche documentaire.

5. Traitement de l'information

Reprenons l'exemple du traitement de texte basique : sa généralisation est certaine dans un avenir plus ou moins proche, d'autant que l'utilisateur moyen n'utilise qu'une faible partie des possibilités existantes. Compte tenu de l'évolution des interfaces utilisateurs qui deviennent de plus en plus conviviaux, on va s'orienter vers une plus grande autonomie des utilisateurs, à titre d'exemple : nombreux sont maintenant les chercheurs qui utilisent des logiciels de retouche d'image.

Reste le problème de l'optimisation du traitement.

Nous sommes face à une explosion de logiciels de traitement, certes ils sont conviviaux, mais faut-il investir dans l'approfondissement de leur utilisation ou faire appel à des compétences existant déjà dans l'établissement ?

6. Méthodologie et mise en œuvre

Pour mettre en œuvre les nouvelles technologies appliquées au traitement de l'information, on peut proposer la démarche suivante :

6.1. il est nécessaire de faire l'inventaire des ressources existant dans l'ensemble de l'établissement. Cet inventaire doit être accompagné d'une évaluation précise des compétences car on peut se trouver dans le cas d'un service qui déclare faire de la PAO alors qu'il utilise un banal traitement de texte.

L'inventaire doit porter sur le matériel, le logiciel, le personnel mais aussi sur le taux d'utilisation. Par la même occasion seront recensés les dysfonctionnements éventuels.

6.2. tout l'existant étant répertorié il est nécessaire de connaître les besoins c'est à dire les projets à venir.

6.3. pour faire l'adéquation entre les besoins et les moyens existants il faut le mettre en place une structure coordinatrice. Le mot structure ne veut pas dire service c'est plus " une fonction guichet " qui face à une demande va réagir en disant par exemple pour réaliser telle partie de votre projet vous vous adressez au service X et pour telle autre au service Y.

Cette structure peut conseiller la sous-traitance et peut éventuellement si elle en a les moyens jouer un rôle de planification.

6.4. réorganisation des services : en fonction de l'existant et des besoins, l'établissement peut être amené en fonction de ses orientations à modifier les objectifs des différents services. Pour les lacunes se posera le problème soit de sous traiter soit de créer de nouvelles fonctions cela doit rentrer dans un schéma directeur.

7. Place du CRI

Comme tous les services le CRI se verra assigner des objectifs rentrant dans le cadre de l'utilisation des nouvelles technologies pour le traitement de l'information. Pour cela on tiendra compte des compétences existantes ou susceptibles d'être acquises facilement. Il est une chose certaine c'est que de toute façon il existe un élément fédérateur le réseau.

C'est autour de lui qu'on peut organiser un ensemble de compétences réparties dans différents services tels que le CRI. Il faut veiller à ne pas avoir un émiettement de services mais au contraire un regroupement de fonctions dans quelques services de taille suffisamment grande afin d'assurer une continuité de services pendant les absences (formation, congés, maladie..).

8. Exemple du CD-ROM

Cet exemple est assez représentatif de l'utilisation des technologies du traitement de l'information et des CRIs se sont déjà trouvés confrontés à cette situation.

Le CD-ROM est un support comme un autre de diffusion de l'information. Nous ne nous étendrons pas sur la conception proprement dite du CD-ROM, c'est tout simplement un auteur qui veut transmettre ses connaissances. Un fois le thème et le contenu défini il faut passer à la réalisation.

Tout d'abord le CD-ROM doit être attrayant. En plus du sujet, il doit être facile d'emploi et beau, ce qui oblige à utiliser les techniques de communication qui vont faire appel à l'ergonomie pour l'interactivité et à la présentation homogène des informations (obligation d'une charte graphique). La nature des données est très variée citons : textes, graphiques, images, son, vidéo.

Il faut les numériser.

La numérisation va nécessiter pour chaque type de support un appareil particulier avec l'utilisation d'un logiciel spécifique.

Envisageons quelques cas qui peuvent se présenter.

Parmi les données se trouvent beaucoup de diapositives qui justifient l'achat d'un scanner. Qui va disposer de cet appareil ? le CRI ou le service audio-visuel ? Qui va l'utiliser ? L'utilisateur en libre service de façon imparfaite ou bien un technicien formé spécialement donc performant ?

Parmi les données se trouvent aussi quelques vues qu'il faut extraire d'un film vidéo tourné par exemple lors d'une expérience. Faut-il investir dans un équipement cher (matériel et logiciel) avec une formation spécifique pour une utilisation très épisodique ou bien faire appel à la sous-traitance ?

Les données étant numérisées il faut les traiter, par exemple retoucher les images. Est-ce l'auteur qui doit le faire ? Doit-on avoir à disposition un service de PAO (Publication Assistée par Ordinateur) ? Si la réponse est oui cette fonction est-elle assurée par l'imprimerie, le service communication, le service audio-visuel, le CRI ?

A L'aide de ce petit exemple on peut appréhender la complexité et le nombre des techniques à mettre en œuvre ainsi que la diversité des intervenants.

9. Conclusion

Pour traiter l'information il faut assurer de façon professionnelle certaines fonctions indispensables. L'établissement doit décider s'il les assume lui-même ou s'il les fait effectuer à l'extérieur.

Si la solution retenue est de réaliser soi-même certaines fonctions cela doit rentrer dans un schéma directeur précis et comporter des moyens financiers et humains.


CRI Université de Caen,
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